Rétention administrative : des durées qui s'allongent, des expulsions qui diminuent

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Une hausse des placements en rétention sans augmentation des expulsions

En 2025, les centres de rétention administrative (CRA) de France métropolitaine ont accueilli 16 467 personnes, soit une légère augmentation par rapport aux 16 228 placements de 2024. Ce chiffre, issu du rapport annuel des associations mandatées par l’État, révèle une tendance inquiétante : la durée moyenne de rétention a plus que doublé en cinq ans, passant de 17 jours en 2020 à 33 jours en 2025.

Des profils majoritairement maghrébins et des procédures ciblées

Les ressortissants algériens (30 %), tunisiens (11 %) et marocains (10 %) représentent près de la moitié des placements en CRA. Les associations soulignent un « ciblage prioritaire de certaines nationalités », en lien avec les tensions diplomatiques, notamment avec l’Algérie. En outre-mer, Mayotte concentre 96 % des placements, avec 27 568 personnes retenues, dont 3 074 mineurs.

Des contrôles policiers à l’origine de la majorité des placements

Près de la moitié (46,3 %) des personnes placées en CRA l’ont été à la suite de contrôles de police, tandis que 29 % sortaient de prison. Les associations dénoncent une situation « préoccupante » pour les droits des étrangers, à la veille d’un examen parlementaire visant à prolonger les durées de rétention. ## Un taux d'expulsion en baisse dans les centres de rétention

Plus de 2 000 personnes ont été placées en rétention administrative en 2024, avec une durée maximale de 90 jours (180 jours pour les condamnés pour terrorisme). Selon un rapport, plus de la moitié des expulsions interviennent dans les 20 premiers jours, et 85 % dans les 45 premiers jours. Moins de 10 % des éloignements ont lieu après 60 jours.

Seulement 36 % des personnes retenues ont été expulsées, un chiffre en légère baisse par rapport à 2023 (39 %). Les associations dénoncent un détournement de l'objectif initial des centres de rétention (CRA), qui devrait être l'expulsion rapide. Elles soulignent que plus la rétention s'allonge, moins elle est efficace pour éloigner les personnes concernées.

Une proposition de loi pour allonger les durées de rétention

Le député Charles Rodwell (Renaissance) a déposé une proposition de loi visant à prolonger la durée maximale de rétention de trois à sept mois (210 jours) pour certaines catégories de personnes. Le texte, soutenu par le gouvernement, concerne les individus condamnés à au moins trois ans de prison pour des atteintes aux personnes et représentant une menace "réelle, actuelle et d'une particulière gravité" pour l'ordre public.

Cette mesure, défendue par la droite et anciennement portée par Bruno Retailleau, avait été censurée par le Conseil constitutionnel en raison de son caractère disproportionné. Le nouveau texte, reformulé de manière plus restrictive, ne devrait concerner "que quelques dizaines de personnes par an", selon M. Rodwell. Le député espère une adoption définitive avant la fin des travaux parlementaires cet été.