Un remaniement ministériel annoncé face à la crise
Le président bolivien Rodrigo Paz Pereira a annoncé mercredi 20 mai un remaniement gouvernemental, alors que le pays est secoué par trois semaines de manifestations massives. Paysans, ouvriers, mineurs et autres travailleurs exigent sa démission, dans un contexte de crise économique inédite depuis quatre décennies.
Lors d’une allocution, M. Paz Pereira a justifié cette décision par la nécessité de "réorganiser un gouvernement capable d’écouter". Il a toutefois exclu tout dialogue avec les "vandales", réservant son ouverture aux "acteurs respectueux de la démocratie".
Des manifestations persistantes malgré les tensions

Des centaines de manifestants, majoritairement des paysans aymaras et des transporteurs, ont défilé dans les rues de La Paz, brandissant des drapeaux indigènes. La police, déployée en nombre, a sécurisé les abords du palais présidentiel, sans que des heurts ne soient signalés.
Le gouvernement accuse l’ancien président Evo Morales, réfugié dans le Chapare, d’orchestrer ces mouvements. Morales, visé par un mandat d’arrêt pour des accusations de traite présumée d’une mineure, nie ces allégations.
Des blocages routiers paralysant le pays
Selon les autorités, au moins 44 points de blocage sont actifs à travers la Bolivie, provoquant des pénuries alimentaires, de carburant et de médicaments, notamment à La Paz. Ces perturbations aggravent une situation économique déjà fragile, alimentant la colère populaire contre le pouvoir en place. ## Crise économique et tensions politiques en Bolivie
Le gouvernement bolivien a activé un pont aérien entre Santa Cruz et Cochabamba pour approvisionner la capitale en viande et légumes, tandis qu’un « corridor humanitaire » est prévu pour dégager les routes bloquées et faciliter le passage des convois de marchandises. Ces mesures interviennent dans un contexte de crise économique inédite depuis les années 1980, marquée par l’épuisement des réserves de dollars et une inflation atteignant 14 % en avril.
Expulsions diplomatiques et accusations d’ingérence
La Bolivie a annoncé l’expulsion de l’ambassadrice colombienne, Elizabeth Garcia, accusant le président Gustavo Petro d’« ingérence directe » après ses déclarations sur les manifestations. Petro avait évoqué une « insurrection populaire » et mis en garde contre un « basculement vers des extrémismes ». Cette décision intervient alors que les tensions politiques s’intensifient dans le pays.
Soutien américain et accusations de coup d’État
Les États-Unis ont apporté leur soutien au gouvernement de Rodrigo Paz Pereira, nouvel allié de Donald Trump, via des déclarations du sénateur Marco Rubio sur X. Ce dernier a affirmé que Washington ne tolérerait pas une « tentative de coup d’État » par des « criminels et trafiquants de drogue ». La veille, le sous-secrétaire d’État Christopher Landau avait déjà évoqué une menace contre la démocratie bolivienne. L’arrivée au pouvoir de Paz Pereira marque la fin de deux décennies de gouvernements socialistes sous Evo Morales et Luis Arce.
