Djibouti : Guelleh réélu pour un sixième mandat dans un scrutin contesté

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Un sixième mandat pour Ismaïl Omar Guelleh

Le président djiboutien Ismaïl Omar Guelleh a été réélu samedi 11 avril avec 97,81 % des voix, selon les résultats officiels. Ce sixième mandat consacre près de trente ans de pouvoir pour l’homme fort de la Corne de l’Afrique. Avant même la publication des résultats complets, Guelleh avait annoncé sa victoire sur les réseaux sociaux, s’appuyant sur des chiffres partiels couvrant seulement 6 % des inscrits.

Son principal adversaire, Mohamed Farah Samatar, président du Centre démocrate unifié (CDU), n’a recueilli que 2,19 % des suffrages. Ce parti, sans représentation parlementaire, n’a pas réussi à mobiliser une opposition significative. Environ 256 000 électeurs étaient convoqués, avec des taux de participation très variables, allant de 36 % à 58 % dans la plupart des bureaux, mais dépassant 90 % dans certains centres militaires.

Un scrutin sous haute surveillance

La présidentielle s’est déroulée dans un contexte de répression politique et de chômage massif. Guelleh, qui avait initialement promis de quitter le pouvoir en 2026, a finalement pu se représenter après une révision constitutionnelle supprimant la limite d’âge. L’opposition, largement marginalisée, avait dénoncé des irrégularités et un manque de transparence.

Dans la capitale, où résident 71 % des Djiboutiens, l’affluence aux urnes a été faible, sans files d’attente notables. En 2021, le scrutin avait été largement boycotté par l’opposition, avec un taux de participation très faible. Cette fois, malgré des critiques persistantes, le régime a maintenu sa domination électorale, consolidant un pouvoir en place depuis trois décennies. ## Un carrefour stratégique en proie aux tensions

Djibouti, ancienne colonie française où l’islam est religion d’État, occupe une position géostratégique majeure en bordure du détroit de Bab-el-Mandeb. Ce passage vital, reliant la mer Rouge au golfe d’Aden, est un axe clé du commerce mondial entre l’Asie et l’Occident. Avec seulement un peu plus d’un million d’habitants, ce petit territoire de 23 000 km² abrite des bases militaires de cinq puissances étrangères (France, États-Unis, Chine, Japon et Italie), générant des revenus substantiels mais aussi des enjeux sécuritaires et politiques.

Une économie fragile et dépendante

Malgré ses atouts géographiques, Djibouti fait face à des défis économiques majeurs. Près de 70 % des jeunes sont au chômage, et l’agriculture, limitée par un climat aride, ne représente que 1 % du PIB. Le pays a misé sur le développement portuaire, désormais à l’origine de 70 % de son PIB, mais cette dépendance le rend vulnérable aux crises régionales, notamment en Éthiopie, dont les marchandises dominent le trafic. Une dette importante, en particulier envers la Chine, pèse sur les finances publiques.

Un pouvoir contesté et une opposition muselée

Ismaïl Omar Guelleh, au pouvoir depuis 1999, a annoncé son départ en 2026, mais une révision constitutionnelle en 2025 a supprimé la limite d’âge pour les candidats à la présidentielle. Son entourage invoque la nécessité de stabilité dans une région instable, tandis que des analystes y voient une manœuvre pour éviter une transition risquée. Les autorités sont régulièrement critiquées pour leur répression des opposants, dont les voix sont étouffées. Djibouti figure au 168e rang sur 180 dans le classement 2025 de la liberté de la presse de RSF, qui dénonce un paysage médiatique « complètement verrouillé ».