Cardon, le scaphandrier de la satire, s'éteint à 89 ans

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Un géant du dessin de presse s’éteint

Jacques-Armand Cardon, figure incontournable du *Canard enchaîné*, est décédé dimanche à Angers, à l’âge de 89 ans. Ses filles ont confirmé la nouvelle à l’AFP ce mardi 7 avril. L’artiste, connu sous le simple pseudonyme de Cardon, laisse derrière lui une œuvre marquée par un style graphique distinctif et une approche philosophique.

Un style unique et une carrière prolifique

Reconnaissable entre tous, son trait se caractérisait par des personnages souvent dessinés de dos, un graphisme en hachures et une absence quasi totale de bulles. Entré au *Canard enchaîné* en 1973, il a également collaboré avec *Hara-Kiri*, *Siné-Massacre*, *L’Humanité* et *Le Monde*. Né au Havre en novembre 1936, il avait commencé sa carrière comme ouvrier à l’arsenal de Lorient avant de se consacrer pleinement au dessin dans les années 1960.

Un héritage artistique et intellectuel

Cardon décrivait son métier comme un travail de « scaphandrier », plongeant au cœur des idées à illustrer. Cette métaphore, qu’il avait partagée en 2020 sur France Culture, résume bien l’engagement et la profondeur de son œuvre. Son décès marque la fin d’une époque pour la presse satirique française. ## Un livre-testament pour exorciser les démons du passé

L’artiste a récemment publié *Cathédrale*, une œuvre autobiographique et philosophique qu’il portait en lui depuis soixante ans. Ce récit met en scène un homme nu, perdu dans une cathédrale gothique inspirée de Notre-Dame, symbole d’une quête existentielle. À travers ce livre, il évoque ses peurs d’enfant, marquées par la Seconde Guerre mondiale et la disparition précoce de son père, qu’il a peu connu.

Une œuvre marquée par l’absence et la résilience

Dans une interview accordée à France Culture, il confiait : *« Il y a du ressenti physique, des malaises, de l’intranquillité permanente sans le père qui est là pour vous rassurer. Il faut avoir une résilience, essayer de compenser l’absence par un surcroît d’imaginaire. »* Cette réflexion illustre la profondeur de son travail, où l’art devient un exutoire face aux traumatismes de l’enfance.

L’Empreinte, une allégorie de l’aliénation

En 1974, il avait déjà exploré ces thèmes avec *L’Empreinte*, un court-métrage d’animation centré sur un enfant porteur d’une étrange planche dans le dos. Ses filles ont rappelé que ce film était une *« allégorie de l’aliénation, de l’éducation répressive et du conditionnement social »*, confirmant la cohérence de son univers artistique.