Une dépendance numérique inquiétante
Plus des trois quarts des pays européens s’appuient sur des services cloud américains pour des fonctions critiques liées à leur sécurité nationale, révèle un rapport publié vendredi. Cette dépendance numérique expose l’Europe à des risques majeurs, notamment en cas de tensions géopolitiques.
Des risques accrus en période de tensions

Les gouvernements européens craignent particulièrement l’activation d’un "kill switch" – un mécanisme permettant de couper l’accès aux données et services à distance. Cette menace s’inscrit dans un contexte de relations tendues avec l’administration américaine, alors que des déclarations récentes de Donald Trump visent directement des alliés européens.
Une étude basée sur des données publiques
L’analyse du Future of Technology Institute s’appuie sur des informations accessibles au public, incluant les sites des ministères de la défense, les médias nationaux et les registres des marchés publics. Elle identifie 23 pays sur 28 (UE et Royaume-Uni) dont les systèmes de sécurité nationale reposent partiellement ou totalement sur des technologies américaines, notamment celles de Microsoft, Google, Amazon et Oracle. Parmi eux, 16 pays, dont l’Allemagne, la Pologne et le Royaume-Uni, sont jugés particulièrement vulnérables. ## **La France classée à « risque moyen » en matière de souveraineté numérique**
La France, bien qu’elle dispose de solutions logicielles nationales comme le Thales Nexium Defence Cloud, utilisé par l’armée, reste exposée à des risques liés à son recours à des technologies américaines. Ce double recours la place dans la catégorie « risque moyen » selon les analyses récentes.
**L’Autriche, seul pays à « risque atténué »**
Parmi les pays étudiés, l’Autriche, non membre de l’OTAN, est le seul à être classé comme présentant un « risque atténué ». Cette position s’explique par son indépendance accrue vis-à-vis des infrastructures numériques américaines.
**Les limites des solutions « souveraines » proposées par les États-Unis**
Face aux préoccupations croissantes en Europe, certaines entreprises américaines ont développé des offres de cloud « souverain ». Cependant, ces solutions ne garantissent pas une réelle autonomie, car elles restent soumises aux lois américaines, qui peuvent contraindre les entreprises à livrer des données ou à suspendre des services. Un exemple marquant reste la restriction des images satellites de Maxar en Ukraine en 2023, après un désaccord diplomatique entre Washington et Kiev. Cette situation a servi d’avertissement sur les vulnérabilités persistantes, selon Katja Bego, experte de Chatham House.
