Mali en ébullition : violences, junte et pivot russe

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Combats intenses à Bamako et dans l’intérieur du pays

Des affrontements violents ont éclaté samedi 25 avril entre l’armée malienne et des « groupes terroristes non identifiés » dans la capitale Bamako et plusieurs villes de l’intérieur. Selon un communiqué militaire, ces groupes ont attaqué des casernes, déclenchant des tirs nourris. Des hélicoptères ont survolé la ville, notamment près de l’aéroport, tandis que des échanges de coups de feu ont été signalés à Kati, où réside le chef de la junte, le général Assimi Goïta.

Contexte d’une crise sécuritaire persistante

Le Mali traverse depuis 2012 une grave instabilité, marquée par des attaques de groupes djihadistes liés à Al-Qaïda et à l’État islamique, ainsi que par des violences intercommunautaires et des mouvements indépendantistes. Le pays est dirigé par une junte militaire depuis deux coups d’État en 2020 et 2021. Parallèlement, le Groupe Wagner, impliqué dans la lutte antidjihadiste depuis 2021, a annoncé son retrait pour juin 2025, laissant place à l’Africa Corps, une structure directement contrôlée par Moscou.

Répression accrue et restrictions des libertés

Les autorités militaires ont intensifié leur contrôle sur la presse et les opposants, limitant les critiques et renforçant leur emprise sur l’information. Cette situation s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes, alors que le pays tente de faire face à une insécurité persistante malgré le soutien international. ## Un pouvoir militaire prolongé sans échéance

La junte malienne, dirigée par le colonel Assimi Goïta, a officiellement prolongé son mandat présidentiel en juillet 2025, sans échéance ni élection. Initialement engagée à restituer le pouvoir aux civils d’ici mars 2024, la junte a dissous les partis politiques et les organisations à caractère politique, consolidant ainsi son contrôle sur le pays. Le régime s’est octroyé un mandat de cinq ans, renouvelable « autant de fois que nécessaire », selon les termes officiels.

Un pivot stratégique vers la Russie

Comme le Niger et le Burkina Faso, le Mali a rompu avec ses anciens partenaires occidentaux, notamment la France, pour se rapprocher de la Russie. Cette alliance s’étend au plan militaire, avec une coopération renforcée, et politique, marquant un tournant dans la diplomatie régionale. Le Togo, qui a lancé une stratégie pour le Sahel en avril 2025, se positionne comme médiateur entre ces États, tout en soutenant l’Alliance des États du Sahel (AES), porteuse d’une vision souverainiste.

Le Sahel, épicentre d’une violence persistante

Selon le dernier Indice mondial du terrorisme, publié en mars 2025, le Sahel concentre près de la moitié des décès liés au terrorisme dans le monde pour la troisième année consécutive. Cette région, qualifiée d’ « épicentre » des violences, reste un foyer d’instabilité, malgré les efforts des régimes militaires en place. La situation sécuritaire y demeure critique, avec des répercussions sur la stabilité politique et économique de l’ensemble de la zone.